Une pollution au cuivre plonge Marac dans le désarroi
Marac est empêché de recycler les boues issues de sa station d’épuration à des fins agricoles. Pour cause de pollution au cuivre, sans que son origine ait encore pu être déterminée. Sachant que les moyens de dépollution explorés, fort coûteux, échappent à l’attribution de toute subvention.
« Ça ne fait pas plaisir d’avoir ce genre de problème… ». Le maire de Marac Thierry Rousselle se ronge les sangs : les boues issues de la station d’épuration sont polluées. Le taux de cuivre relevé excède largement le seuil réglementaire, avec un taux égal à deux fois la norme*. « On ignore l’origine du cuivre, et on n’a pas de piste pour la déterminer », convient Laurent Liouville à la Direction départementale des territoires (DDT). Tout en précisant que quoiqu’assimilé aux « métaux lourds », les effets indésirables du cuivre « n’ont rien de comparable avec ceux du mercure ou de l’arsenic ».
La surprise du chef de service de la DDT reste d’ailleurs modérée. « L’excès en cuivre est une tendance en Haute-Marne ». Pour sa part, si Thierry Rousselle sait qu’ « une pollution diffuse ou ponctuelle, ça arrive, au cuivre, (il) n’en a jamais entendu parler ». Et si cette singularité départementale est « régulière », on peut s’interroger sur la possibilité qu’une ville comme Langres « puisse être touchée ».
Tous les indicateurs au vert… sauf le cuivre
« Dans les tuyaux hors assainissement dans les maisons, la teneur en cuivre est dans la norme ; dans le réseau, il n’y en a pas… et on en trouve dans les boues ». Le premier magistrat indique que la commune a tout retourné, en vain. Il n’y a pas non plus de fruitières à Marac, donc pas d’usage de cuves. Des « tests à la fumée » ont été commandés à une société privée. Résultat : jamais les eaux usées ne croisent les eaux pluviales, « aucune anomalie relative au cuivre n’a été mise en lumière », confirment les services du Département, qui « accompagnent la commune dans ses démarches » également.
« En 2017-2018, on a appris que notre filtre planté de roseaux allait atteindre sa charge maximum. Il fallait donc l’épurer ». L’Agence de l’eau Seine Normandie subventionne Marac pour réaliser le plan d’épandage élaboré par la chambre d’agriculture, poursuit le maire. « Le préalable, c’est un prélèvement des boues dans les trois bassins de la station ». Il s’agit ainsi de procéder à des « carottages à divers endroits et diverses profondeurs ». En 2020, tous les indicateurs s’avèrent d’équerre… sauf celui du cuivre. Marac est donc interdit d’épandre ses boues… et la question de la saturation des bassins reste entière.
« La DDT nous a autorisés à les stocker à l’abri d’une bâche pour qu’il y ait le moins d’humidité possible ». Après qu’elles ont été « été évacuées des différents filtres », explique le Département. Qui précise que leur stockage se fait « sur lit de paille ».
Pas d’accès à une seule aide financière
« Pour évacuer les boues, deux solutions s’offrent à nous : l’incinération ou l’enfouissement », pose Thierry Rousselle, qui a commandé des devis. « Pour 120 m3, l’incinération coûte 80 000 € et l’enfouissement, 30 000 € ». L’équipe municipale pense logiquement à l’option la moins onéreuse, qu’elle assurerait via un emprunt. « Mais il faudrait répéter l’opération tous les 10 ans donc on n’aurait pas fini de le rembourser qu’on devrait recommencer… ».
En tout état de cause, la commune doit financer cette évacuation toute seule. « Ni de subvention de l’Agence de l’eau Seine Normandie, ni de DETR de l’État ne nous sont accessibles, il n’existe aucun levier pour financer l’évacuation des boues » -Marac n’a pas eu accès à l’aide liée au Covid, non plus. Total, se désole le maire, « on a augmenté le tarif de l’eau en 2022 ».
Pas de caractère « exceptionnel »
« Le Département ne subventionne pas les dépenses de fonctionnement ». Le maire a opposé à la collectivité le caractère « exceptionnel » de celles que Marac devait endosser, faisant valoir leur caractère d’ « investissement ». Las, la collectivité a persisté : son « accompagnement » se limitera à la technique. Thierry Rousselle continue de chercher à identifier la cause de la sur-présence du cuivre. Aujourd’hui, avec prudence, il se demande si « une réaction chimique » ne pourrait pas se produire « avec la chloration de l’eau ».
En attendant d’explorer cette nouvelle piste, « une autre solution (de traitement des boues) est également à l’étude : la phytoremédiation », indique le Département. Elle « consisterait en l’utilisation de végétaux spécifiques destinés à la dépollution des terres contaminées (NDLR dans le cas de Marac, ce sont les boues). (Sa) mise en œuvre permettrait d’une part d’envisager la diminution du taux de cuivre des boues pour le ramener au seuil réglementaire et d’envisager la valorisation agricole de ces boues, d’autre part ».
(*) arrêté fixant les prescriptions techniques applicables aux épandages de boues sur les sols agricoles pris en application du décret n° 97-1133 du 8 décembre 1997 relatif à l’épandage des boues issues du traitement des eaux usées.
Fabienne Ausserre
f.ausserre@jhm.fr
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