Rattrapage – L’édito de Patrice Chabanet
Le recadrage du général Pierre de Villiers, suivi de sa démission, avait jeté un certain trouble – le mot est faible – chez les militaires. En tant que chef des armées, le président de la République avait privilégié l’acte d’autorité sur toute autre considération, notamment celle de faire valoir des désaccords en matière budgétaire. Depuis, Emmanuel Macron fait passer des messages pour réchauffer les relations avec l’une des composantes essentielles de la nation. Il l’a fait officiellement hier, à l’occasion d’une cérémonie de vœux, dans la rade de Toulon. Il a annoncé en particulier un renforcement du nerf de la guerre, à savoir le budget de la Défense, avec une augmentation de 1,8 milliard d’euros par an, pour le porter à 2% du PIB d’ici à 2025. Augmentation, aussi, pour les opérations extérieures (Opex), qui devraient atteindre 1,1 milliard d’euros en 2020.
Il faut toujours se méfier des chiffres. Ils peuvent être contestés. Le député François Cornut-Gentille, rapporteur spécial des crédits de la Défense à l’Assemblée, a sorti sa calculette : l’augmentation de 1,8 milliard par an ne suffira pas pour atteindre l’objectif de 2% du PIB dans le délai imparti. Mais le problème de l’armée française, et de ses homologues européennes, est plus profond, plus politique. Depuis la chute du Mur, on a assisté, pour reprendre le titre d’un film actuel, à un downsizing (rétrécissement) régulier. Il s’est traduit par une sérieuse réduction des effectifs et le vieillissement des matériels. Aujourd’hui, on assiste donc à une session de rattrapage. Elle est d’autant plus nécessaire que des dangers nouveaux apparaissent sur de nouveaux théâtres d’opération. Les ambitions du président Macron – prendre le leadership européen – sont nobles et valorisent notre pays. Mais elles impliquent un rôle accru pour notre armée. Encore faudrait-il que nos partenaires mettent la main à la poche. Et là, la bataille n’est pas encore gagnée.