« Quiconque sauve une vie sauve l’Univers »
Son nom n’est jamais passé à la postérité. C’était un chauffeur français, réquisitionné par l’armée allemande. Ce 27 janvier 1944, l’homme devait conduire la feldgendarmerie pour accomplir sa basse besogne : procéder à la « rafle » des derniers juifs domiciliés en Haute-Marne. A Chevillon, ce civil a garé son camion devant le logement des Rabner. Restée seule avec son petit-fils après l’arrestation de son gendre et de sa fille, Léa Weiss, en voyant les casques, n’a eu que le temps de lui dire « Jacques, sauve-toi ! » Tandis que la brave grand-mère devait être arrêtée et mourir à Auschwitz, Jacques Rabner, pas tout à fait 16 ans, a pu fuir par le toit.
Le chauffeur, qui se trouvait près d’un soldat, l’a aperçu. Il « voit sans doute la peur et la détresse dans mon regard*. Il a l’héroïque réflexe d’ouvrir le capot du moteur […] et ainsi détourne l’attention de l’Allemand. » Jacques Rabner ne sera jamais pris. Grâce ensuite à la solidarité dont ont fait preuve un cheminot, un industriel, et un chef de chantier forestier, l’adolescent pourra rejoindre un maquis. Il pourra vivre. Jusqu’à l’âge de 94 ans. « Quiconque sauve une vie sauve l’Univers tout entier. » C’est la phrase qui est gravée sur chaque médaille de « Juste parmi les nations » décernée par Israël.
Ce dimanche 12 novembre 2023, à 15 h, le peuple de France aura la possibilité, en se rassemblant devant les préfectures comme à Chaumont, ou en marchant à Paris contre l’antisémitisme, de faire sienne cette autre phrase, prononcée par un ministre : « Toucher à un juif en France, c’est toucher toute la République. »
Lionel Fontaine
* Témoignage de Jacques Rabner paru dans « La rafle du Jeudi noir », club Mémoires 52.