Le Chaumont VB 52 un ton au-dessus de Tours
Ce n’est pas la première fois que le Chaumont VB 52 Haute-Marne s’en va glaner des points à Tours. Mais vendredi 10 novembre, le succès des Cévébistes en trois sets a vraiment marqué une différence étonnante, sur le plan psychologique, entre deux équipes aux trajectoires opposées en ce début d’exercice.
Après le match interminable mais de qualité face à Nantes trois jours plus tôt, le duel à Tours du vendredi 10 novembre a été d’un tout autre acabit pour le Chaumont VB 52 Haute-Marne. Et pourtant, en 1 h 40′ de jeu, les Haut-Marnais auront tout de même vécu une soirée mouvementée, émaillée très tôt de la sortie de leur libéro titulaire (blessé à l’œil sur une attaque de Dramé Neto), d’un final de folie dans le premier set, d’un carton rouge pour Victor Cardoso, et d’une victoire convaincante en trois sets.
Premier enseignement et non des moindres : les Cévébistes bénéficient vraiment d’un collectif rodé en ce début de championnat. Obligé très tôt de changer de libéro, Silvano Prandi n’a pas hésité à faire confiance à Théo Durand qu’il a conservé sur le terrain jusqu’au coup de sifflet final. « J’ai treize joueurs à disposition et je n’aurai pas peur de les utiliser », avait d’ailleurs prévenu le technicien italien au moment d’aborder ce calendrier un peu fou, à raison de deux matches par semaine.
Le jeune défenseur Chaumontais, habitué à entrer régulièrement sur les terrains de Ligue A avec Poitiers la saison passée en alternance avec l’autre libéro de l’équipe, n’a jamais montré le moindre signe de fébrilité au moment de remplacer Sebastian Closter. La longue accolade entre les deux coéquipiers en toute fin de match témoignait d’ailleurs de l’immense respect qui unit les deux hommes dans la concurrence.
L’entrée en jeu de Niko Suihkonen fut également couronnée de succès, à la place d’un Filip Sestan un peu plus en difficulté. Le Finlandais a tout de suite apporté son énergie et son dynamisme. La doublette “Liot/Tolédo” appelée en fin de premier set a su également remettre le collectif sur les bons rails pour revenir d’un “24-20” que l’on pouvait croire fatal aux visiteurs, avant un renversement de situation incroyable.
Enfin, l’éclosion définitive et attendue de Victor Cardoso, titulaire vendredi, pourrait marquer la fin d’une adaptation difficile au championnat de France pour le Brésilien, et le début d’une solution nouvelle et efficace pour le CVB 52.
Tours désarmé
Toujours est-il que le retour chaumontais en fin de premier set est également resté le premier marqueur entrevu vendredi soir d’une équipe tourangelle en grosse difficulté sur le plan mental. Comme face à Paris ou Montpellier auparavant, les hommes de Marcelo Fronckowiak ont gâché les occasions de se donner de l’air. « C’est notre principal défaut du moment », résumait fataliste le manager de Tours, Pascal Foussard. « On a les opportunités, mais on ne les concrétise pas, pour différentes raisons techniques ou mentales. Il va falloir continuer à travailler et s’accrocher cette saison pour tenter de gommer toutes ces erreurs, si l’on veut rester compétitifs. »
La “provocation” dans le jeu installée par les champions de France en titre dans le troisième set est apparue comme une ultime cartouche lancée pour tenter de déstabiliser les visiteurs. Une arme qui a marché un temps, puisque Daniel McDonnell (carton jaune) puis Victor Cardoso (carton rouge) n’ont pas su totalement maîtriser leurs nerfs. Mais une fois le jeu redevenu le seul élément dominant de la soirée, le CVB 52 a repris sa domination pour terminer le travail logiquement.
Une victoire toujours précieuse et un peu plus particulière dans ce “clasico” du championnat de France, mais qui après seulement cinq journées de compétition, n’ajoute que trois points de plus au compteur cévébiste. Ce qui est cependant également le total actuel, très inhabituel, affiché au compteur des Tourangeaux. La partie ne fait que commencer…
Laurent Génin
Le réveil de Cardoso
Joseph Worsley (3 att. sur 3, 1 cont., 0 ser., 2 fautes dir.) : L’Américain s’impose de plus en plus comme un “patron” au sein de son équipe, de par son rôle évidemment, mais de par son attitude également. Communiquant beaucoup et faisant toujours preuve d’une grande énergie, à l’image de son dynamisme sur quelques ballons attaqués, il donne parfaitement le ton à ses coéquipiers.
Michael Marshman (5 att. sur 6, 0 cont., 0 ser., 1 faute dir.) : Peut-être un peu plus discret car moins utilisé à l’attaque, le central chaumontais reste cependant très précieux par sa lecture du jeu et sa qualité de service, le tout sans déchet ou presque.
Daniel McDonnell (3 att. sur 5, 4 cont., 0 ser., 5 fautes dir.) : Lui aussi a été peu servi offensivement, mais il a compensé par une grosse activité au filet au niveau du contre.
HOMME DU MATCH : Victor Cardoso (15 att. sur 23, 1 cont., 0 ser., 5 fautes dir.) : Après une bonne entrée en jeu face à Nantes, le Brésilien a plus que confirmé à Tours qu’il pouvait être une pièce essentielle du puzzle chaumontais. Comme lors des matches de préparation, Victor a parfaitement tenu son rang offensivement, en réception, au service et au contre. Attention cependant de ne pas se faire prendre au jeu de la provocation adverse : le carton rouge reçu est dommageable.
Filip Sestan (2 att. sur 8, 0 cont., 0 ser., 2 fautes dir.) : Le Croate a du mal à retrouver toute la régularité dont il a fait preuve sur les premières journées de championnat.
Sebastian Closter (libéro) : Sorti après quelques minutes de jeu à la suite d’un ballon reçu dans l’oeil sur une attaque de Drame Neto, l’Argentin n’est pas revenu sur le terrain, gêné dans sa vision. Mais il
a rassuré le groupe en fin de match.
Patrik Indra (10 att. sur 19, 2 cont., 0 ser., 2 fautes dir.) : Le Tchèque reste précieux par son réalisme offensif et sa qualité de service. Même sa petite baisse de régime en début de troisième set a vite été effacée par un retour sur le terrain réussi en fin de match.
Théo Durand (libéro) : Pas toujours facile de disputer ses premières minutes de la compétition à Tours, mais le jeune libéro cévébiste ne s’est pas posé de questions au moment de remplacer Sebastian Closter, et a fait le métier avec brio, solide en réception et très énergique en défense : du beau travail !
Niko Suihkonen (7 att. sur 9, 1 cont., 2 ser., 3 fautes dir.) : L’entrée du Finlandais a aussitôt correspondu à un regain de forme de son équipe. Etonnant de lucidité à l’attaque notamment, il devient
un “joker” de luxe dès lors qu’il n’est pas titulaire.
Pierre Tolédo (2 att. sur 5) : Sa première entrée en jeu en fin de premier set fut plutôt encourageante. Il a participé au retour au score de son équipe dans le final.
Tom Liot : Le deuxième passeur chaumontais est parvenu à se fondre très vite dans le collectif, ne ménageant pas ses efforts pour relancer les siens avec une belle énergie, en fin de premier set.
Deux joueurs en sursis
Après son carton rouge reçu à Tours pour une attitude anti sportive, Victor Cardoso devra éviter de prochaines sanctions lors des mois à venir. En effet, le règlement de cette saison sur les cartons et leurs conséquences a quelque peu évolué par rapport au dernier exercice. Cette fois, chaque carton reçu vaut des points (1 carton jaune = 1 pt ; 1 carton rouge = 2 pts). Dès qu’un joueur totalisera trois points, il sera susceptible d’être suspendu pour un match, après passage devant la commission de discipline. Les joueurs avertis (comme Daniel McDonnell d’ailleurs qui a, lui, reçu un carton jaune quelques minutes auparavant) restent en sursis jusqu’aux… quarts de finale des “play-off” inclus, à la suite desquels les compteurs de tous les joueurs seront remis à zéro.
Théo Durand : « Notre force, c’est le groupe ! »
jhmquotidien : Dans quel état d’esprit êtes-vous entré sur le terrain ?
Théo Durand (libéro du CVB 52) : « Pour être tout à fait honnête et connaissant “Seba” (Closter), je me suis demandé s’il faisait de l’intox ou pas. D’autant qu’il a sauté dans les bras de Drame Neto quand celui-ci est venu pour le relever et s’excuser. Mais j’ai compris finalement qu’il avait vraiment une gêne au niveau de la vision. A partir de là, Silvano (Prandi, l’entraîneur) m’a dit “tu rentres”, je n’ai pas trop eu le temps de réfléchir. J’ai fait comme je fais tous les jours à l’entraînement, en donnant le meilleur de moi-même au sein d’un collectif que je sais bienveillant et que je connais par cœur désormais. »
jhmquotidien : Comment avez-vous vécu, sur le terrain, ce final incroyable du premier set ?
T. D. : « En fait la grande différence avec l’extérieur, c’est que sur le terrain, on n’a pas le temps de penser au score. A “24-20” pour Tours, on a fait comme d’habitude. On s’est parlé à chaque début d’échange pour mettre en place notre tactique, savoir qui aurait quelle responsabilité sur le prochain ballon engagé, et on tente de faire le travail au mieux. Mais c’est évident que dans une équipe aussi soudée que la nôtre, c’est plus facile de trouver les solutions. »
jhmquotidien : Du terrain, avez-vous ressenti le doute qui s’est installé dans les têtes tourangelles ?
T. D. : « C’est surtout dans l’attitude et lorsqu’ils ont commencé à provoquer de plus en plus à travers le filet qu’on a ressenti cette énorme frustration qui les tenaille actuellement. Ça a été un moment chaud du troisième set, comme une ultime arme pour tenter de refaire surface et de nous déstabiliser. Mais Tours reste une armada incroyable du championnat. Les joueurs sont de belles individualités et ils sont vite capables de rebondir. »
jhmquotidien : Etait-ce important de gagner à Tours après la défaite face à Nantes ?
T. D. : « C’était surtout intéressant de ne pas ressortir bredouilles de ce double-duel face à deux “grosses cylindrées” du championnat. La défaite contre Nantes n’a pas été difficile à digérer, car elle s’est jouée à peu de choses. D’ailleurs, Silvano est revenu très vite sur la rencontre pour parler de deux ou trois choses techniques, puis on est tout de suite passé à l’étape suivante, et Tours qui arrivait. Ces trois points nous font du bien c’est certain, surtout dans une période où les matches s’enchaînent. Mais une fois encore, le coach peut compter sur treize joueurs motivés et prêts à tout donner. »
Recueillis par L. G.
L’adversaire
Marcelo Fronckowiak (entraîneur de Tours) : « Je veux d’abord féliciter Chaumont pour son match et sa victoire logique, ainsi que Silvano Prandi pour sa gestion de la rencontre. Nous évoluons aujourd’hui dans une période délicate, notamment sur le plan mental et je suis désolé de dire que, dans cette situation, nous n’avons pas besoin de décisions arbitrales aussi litigieuses. Je prend un carton jaune pour une réaction violente, mais je demande simplement aux arbitres d’être équitables. Si Antoine (Pothron) touche une attaque adverse en défense, il faut siffler aussi celle de Michael Marshman plus tôt dans le match dans la même situation. Au-delà de cela, il y a certaines situations de contre-attaques que nous maîtrisons, mais que nous gâchons ensuite en perdant la tête au service. On va devoir réagir c’est sûr, mais la période est difficile. »