Le bien-aimé – L’édito de Patrice Chabanet
Les hommages rendus hier à Jacques Chirac étaient à l’image du personnage. La quasi- totalité des témoignages se sont focalisés sur son épaisseur humaine : un faiseur d’empathie, séducteur dans l’âme, l’humour toujours en embuscade. Des traits qui se sont renforcés après son deuxième mandat présidentiel. Loin du pouvoir, il n’en finit pas de grimper dans les sondages. En fait, il y a eu deux Chirac : l’épicurien et l’homme politique redoutable, habile et déterminé. Il ne pensait pas à la présidence qu’en se rasant, mais tout le temps depuis son premier mandat d’élu local. Accusé de trahison dans la défaite de Chaban-Delmas et, plus tard, de Giscard d’Estaing, il a démontré sa capacité à vaincre. Chirac était un grand fauve.
De tous les débats qui ont suivi hier l’annonce de sa disparition est ressortie renforcée l’image de cette dualité : dure en politique, humaine et chaleureuse dans sa relation avec les autres. Il ne distinguait pas la France d’en haut de la France d’en bas. Il fuyait les mondanités, les laissant à son épouse. Son amour du pouvoir n’était pas mû seulement par la construction d’une carrière politique, mais aussi par de solides convictions qui allaient bien au-delà des clivages traditionnels droite-gauche. On lui doit notamment sa décision de ne pas engager la France dans la deuxième guerre en Irak. Un coup de tonnerre dans une époque où il n’était pas de bon ton de s’opposer au grand frère américain. On lui doit aussi la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français dans la déportation des juifs. Un sujet tabou car il portait en lui la fracture française pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a su enfin se montrer visionnaire en matière écologique. Sa fameuse phrase : « la maison brûle » était prémonitoire. Il est décédé alors que le réchauffement climatique s’est hissé en tête des préoccupations des Français.