Eco-Hebdo : l’éternel débat
La grand-messe qu’est devenu le Salon de l’Agriculture fait remonter à la surface de l’actualité les enjeux d’un secteur qui occupe 700 000 actifs. Il est courant d’opposer deux modèles, le traditionnel et le moderne. Rien de nouveau, à vrai dire. L’agriculture reproduit une dialectique qui traverse toute la société dans ses différentes composantes : quels modes de transport, quelle alimentation, quelle consommation, quel habitat, quelle médecine, quelle armée etc. ?
Comme toujours, la vérité se trouve entre les extrêmes. L’agriculture française ne peut avoir pour ambition de revenir au charme bucolique de L’Angelus de Millet ni à un mélange pictural de champs et de forêts. A l’opposé elle ne saurait avoir comme seules sources d’inspiration les vastes plaines emblavées à l’américaine et les cabines de tracteurs aux airs de cockpits d’avion. La France a su, bon an mal an, faire cohabiter les deux modèles. Elle a même brisé des schémas technocratiques. Un seul exemple : la destruction systématique du bocage dans l’Ouest du pays après la guerre. Finalement, il a fallu replanter car on s’est aperçu que les haies faisaient fonctionner tout un éco-système.
A force de polémiques on oublie les données essentielles. L’une des plus importantes : la France exporte 70 milliards d’euros de produits agricoles et agroalimentaires, et s’assure un confortable excédent commercial de près de 8 milliards d’euros. Un exemple pour l’ensemble de l’économie qui, elle, encaisse un déficit supérieur à 160 milliards. Il faut y voir un investissement personnel des paysans parfois à la limite du raisonnable : la profession enregistre un taux de suicide supérieur à la moyenne.
Autre défi de l’agriculture française : quelle est la part « supportable » des produits phytosanitaires ? Il y a débat, le mot est faible. Visiblement, la société d’aujourd’hui en prône une utilisation respectueuse de l’environnement et de la santé. N’oublions pas que les plus exposés sont les agriculteurs eux-mêmes.
Patrice Chabanet