Ressentiment tenace – L’édito de Patrice Chabanet
Les élans de solidarité n’effacent pas tout. Le drame que connaît le Maroc est là pour nous le rappeler. L’aide française – du moins l’officielle – n’est pas la bienvenue. Un refus qui contraste avec l’acceptation des services proposés par le Royaume-Uni et l’Espagne. Le roi du Maroc nous fait payer l’addition de notre politique maghrébine. Ces derniers mois, la France a amorcé un rapprochement avec l’Algérie, ce qui est perçu comme un affront par le royaume chérifien. C’est aussi simple que cela. Notre pays a choisi en effet de ne pas reconnaître l’annexion par le Maroc de l’ex-Sahara espagnol. A la différence de l’Espagne et du Royaume-Uni. Ceci explique cela…
A ce contentieux s’ajoute le dossier épineux des visas accordés avec parcimonie par les autorités françaises en représailles au refus de leurs homologues marocaines de récupérer leurs ressortissants expulsés. Sachant qu’en sens inverse il ne faut pas de visa pour se rendre au Maroc.
A l’aune de la catastrophe, ces différends paraissent tout de même dérisoires. Il ne faudrait pas qu’ils nourrissent un ressentiment déplacé. L’urgence est ailleurs, dans les secours et le soutien demandé par la population. Viendra assez tôt le « debriefing » de ce qui a été bien ou mal fait. Le roi Mohammed VI a-t-il été à la hauteur de la tâche ? Pour le moment, il s’agit de déblayer et déblayer encore. Après, les Marocains auront à reconstruire, après une réévaluation des zones sismiques. Pour répondre à ce défi, les communautés franco-marocaines auront un rôle à jouer. Notamment rétablir un pont là où la diplomatie peine à avancer.
p.chabanet@jhm.fr