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Poulangy n’est pas seulement une commune

Christophe Dubois Rubio, en compagnie de Dimitri Garnier, devant les Archives départementales 
de la Guadeloupe.

Christophe Dubois Rubio, historien amateur, s’est récemment rendu en Guadeloupe afin d’effectuer des recherches sur les familles portant le patronyme Poulangy. Depuis des années, il s’intéresse à l’histoire de la commune et, petit à petit, publie et fait état de ses découvertes.

Christophe Dubois Rubio, passionné par l’histoire de Poulangy, commune où il a grandi, s’est lancé dans des recherches depuis de nombreuses années. Il a récemment découvert l’existence d’un château, au XIIIe siècle, dans le village. En décembre 2022, il a passé deux semaines en Guadeloupe afin de continuer ses recherches, cette fois-ci sur le patronyme Poulangy.

Grâce à ce voyage, il sait maintenant que le nom de famille Poulangy a été donné à une mère et son fils, Florine et Marcelin, le vendredi 13 octobre 1848. Charles-Anatole Leger, alors premier adjoint au maire de Pointe-à-Pitre, leur aurait attribués. Florine était une esclave, née en 1802, juste après la première abolition de l’esclavage. Elle aurait donc pu naître libre. Cependant, Napoléon Bonaparte abroge cette loi le 20 mai 1802, certainement sous la pression de son épouse l’impératrice Joséphine, née en Martinique.

Florine naît donc esclave, dans la commune de Petit Canal, et est enregistrée sous le matricule d’esclave 6417. Par chance, elle ne connaitra pas le travail des plantations. Elle sera domestique pour les Bourgeois, une importante famille de Guadeloupe avec énormément de sous-branches. A 24 ans, Florine a un enfant : Marcelin. Propriété des maitres de Florine, il sera, de fait, esclave sous le numéro 6422, également domestique pour les Bourgeois. 

Nomination des esclaves

En 1848, à la seconde abolition de l’esclavage, Florine et Marcelin se font enregistrer sur le registre des nouveaux libres, document créant l’état civil des anciens esclaves. « Dans le contexte de nomination des esclaves, chaque officier a fait un peu à sa sauce », explique Christophe Dubois Rubio.

Ces noms pouvaient être flatteurs, comiques ou polissons, mais parfois blessants et infamants. « J’ai trouvé par exemple les noms Bijou, Gentil ou Moustache mais également des noms qui m’ont saisi de désarroi. Ce fut le cas pour une femme de 66 ans qui a travaillé dans les plantations, et dont on peut imaginer la fatigue sur son visage. Elle a reçu le matronyme de Macabé. On trouve également des Crétinoir, des Satan, des Bonarien… », relate l’historien.

Florine et Marcelin ont donc eu de la chance avec Charles-Anatole Leger qui leur a donc donné le nom de Poulangy. « Il reste à définir si Poulangy a été donné comme patronyme ou comme nom. Dans ce dernier cas, il fait assurément référence à Bertrand de Poulangy qui, par l’intermédiaire de Jeanne d’Arc, fait à cette époque une réapparition dans les encyclopédies », note Christophe Dubois Rubio. Il s’agissait en effet d’un de ses compagnons d’armes.

Le contexte de nomination des esclaves fait encore l’objet de beaucoup d’études et l’historien espère que ses recherches autour de l’apparition et la diffusion du matronyme Poulangy pourront apporter un éclairage supplémentaire. Pour arriver à son but, il a pu bénéficier de l’aide de Dimitri Garnier, responsable des accueils des publics au sein des archives départementales de Guadeloupe.

Christophe Dubois Rubio a également rencontré la seule personne de l’île portant encore ce patronyme. D’autres ont immigré vers la Nouvelle Calédonie, la Guyane ou en métropole. « Ce sont surtout des femmes qui ont porté ce nom. J’ai pu retrouver trois hommes le portant aujourd’hui : un père et ses deux garçons, un jeune adulte et un jeune adolescent. Poulangy comme patronyme a donc encore de l’avenir », se réjouit-il.

Laura Spaeter

l.spaeter@jhm.fr

175 ans

L’esclavage a été aboli en France le 27 avril 1848, soit depuis bientôt 175 ans. Des manifestations seront forcément organisées dans le pays afin de se rappeler cette loi et cet anniversaire. De son côté et grâce à ses recherches, Christophe Dubois Rubio va essayer de convaincre le conseil municipal de Poulangy mais également les administrations départementales et régionales, « pour qu’un hommage soit rendu à Poulangy à Florine et Marcelin ».

Comme ils ont reçu le nom de Poulangy le 13 octobre 1848, l’historien local imagine bien un événement exceptionnel ce jour-là dans la commune. « Ce sera l’occasion d’élever une statue ou de nommer une rue autour de l’apparition du matronyme Poulangy ».

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