Déportés du camp de Dora : un livre pour la mémoire
Ce vendredi 20 mai, à l’hôtel de ville, « Le livre des 9000 déportés de France à Mittelbau-Dora » a été remis aux familles de ceux qui ont connu ce camp pendant la seconde guerre mondiale.
Lucien Benoit, Roger Dosne, Marcel Guillemy, Maurice Labache, Octave Manceau, Jean Saunier ont tous été déportés au camp de Mittelbau-Dora pendant la seconde guerre mondiale. En leur mémoire, « Le livre des 9000 déportés de France à Mittelbau-Dora » a été remis à leurs descendants à la mairie ce vendredi 20 mai.
En tant que maire, mais aussi fille d’un résistant déporté à Dora, Christine Guillemy a tenu à remercier Laurent Thiery, le directeur scientifique de l’édition, pour avoir « réhumanisé ceux qui avaient été déshumanisés et réduits à des numéros ».
En effet, le livre dresse le portrait de chacun des déportés, présentant leur histoire hors du camp. Tous les ouvrages remis aux familles sont d’ailleurs numérotés, rappelant ainsi les matricules des victimes.
« L’ouvrage retrace des histoires de vie, ce n’est pas un livre de morts. C’est important pour les familles », souligne Laurent Thiery qui est également historien à la Coupole, un centre d’histoire et de mémoire. Pour ce faire, historiens, archivistes et bénévoles ont réalisé un travail titanesque suivant une méthodologie pointilleuse sous la houlette de Laurent Thiery. Au demeurant, les historiens de la Coupole continuent de récolter des témoignages.
Une enfant de trois ans
La Haute-Marne compte 378 personnes natives du département et 198 habitants déportés. Aussi, 23 résidents ayant quitté le département dans les années 1939 et 1940 ont subi le même sort. Enfin 28 personnes ont été arrêtés dans le département sans y être rattachés, souvent des résistants en mission. Sur ces 627 déportés, 371 ne sont jamais revenus des camps.
« La plus jeune, Marie-Claude Baer, avait trois ans. Elle était l’une des huit membres de la famille d’un pharmacien juif chaumontais assassinés à Auschwitz en 1944 », retrace Lionel Fontaine, le président de Mémoires 52 (également journaliste au JHM, ndlr). Il a d’ailleurs participé à la reconstitution des histoires des déportés haut-marnais.
« Il est important d’avoir un devoir de mémoire, surtout dans une période où la guerre se rapproche de nous », Christine Guillemy. D’ailleurs, l’hôtel de Ville présente actuellement trois expositions sur la seconde guerre mondiale. L’une d’entre elles a été réalisée par les élèves du lycée Oudinot et a gagné le prix du concours national de la Resistance.
Julia Guinamard
« De l’enfer de Dora à la Lune »
« Dora est l’un des camps les plus meurtriers et pourtant il est moins connu qu’Auschwitz », souligne Laurent Thiery. 60 000 personnes y ont été déportées, dont 20 000 y sont décédées. Pour cause, le camp était destiné à la production de missiles balistiques, le V2, l’ancêtre des missiles à tête nucléaire. A la fin de la guerre, les scientifiques allemands, qui au-delà des activités de recherche, étaient responsables des détenus, certains étant même SS, ont été recrutés par les alliés. Américains, Russes et Français se sont arrachés ces scientifiques. Parmi eux, Wernher von Braun, le père des programmes spatiaux de la Nasa et Heinz Bringer, à qui la France doit en grande partie le moteur d’Ariane. L’exposition « De l’enfer de Dora à la Lune » est à découvrir à l’hôtel de ville.