Jean-Pierre Duvaux, le « maître-chanteur » des écoles
ENSEIGNEMENT. Figure du milieu éducatif local, Jean-Pierre Duvaux fête cette semaine son départ en retraite. Avec un sentiment mitigé, entre jolis souvenirs d’un côté et amertume de l’autre.
« Environ 20 000. » C’est le nombre d’enfants que Jean-Pierre Duvaux aura vu défiler, d’après ses calculs, au cours de sa carrière. Le professeur des écoles, « instituteur » à la sortie du concours obtenu en 1982 à Reims, a fait valoir ses droits à la retraite officiellement le 31 août dernier. Et c’est ce 23 septembre qu’il fêtera auprès de sa famille, d’amis et d’anciens collègues, sa nouvelle vie.
« Ma guitare jamais très loin »
Beaucoup d’élèves, à Saint-Dizier et dans l’arrondissement, garderont un souvenir particulier de l’homme qui a été, les 25 premières années de sa carrière, « maître animateur musical ». « On a fait une centaine de concerts, six comédies musicales et plusieurs spectacles », liste le jeune retraité, qui a débuté sa vie active par un remplacement à Hortes avant de s’établir à Saint-Dizier. « Je m’occupais de l’enseignement musical de toute la circonscription, les enfants m’appelaient le maître-chanteur. »
En 2007, l’enseignement musical s’arrête avec d’autres priorités éducatives, dont le plan informatique. Jean-Pierre Duvaux continue d’enseigner, « avec ma guitare jamais très loin ». « J’ai sillonné toutes les routes de Haute-Marne, c’était bien d’aller voir les écoles en milieu rural. »
S’il ne s’est « jamais senti enseignant dans l’âme », le professeur des écoles a « adoré le métier, grâce à la reconnaissance des enfants ». Mais il retiendra aussi les « bémols », taclant sa hiérarchie : « J’appelle cela l’effet miroir. Regarde l’état de l’Education nationale, tu comprendras la société. Et inversement ».
Aigri, Jean-Pierre Duvaux ? « Disons que j’ai constaté un changement radical ses quinze dernières années. La reconnaissance n’est plus là. On parle beaucoup de bienveillance, c’est un mot à la mode mais ce n’est pas envers les enseignants. » Si l’inspection académique est pointée du doigt, le néo-retraité parle aussi de la faible formation des enseignants. Déplore « la « réunionite », grosse maladie dans toutes les écoles » et dénonce « le laxisme grandissant (…). Les élèves sont réfractaires au goût de l’effort et n’acceptent pas la frustration, qui a pourtant une vertu éducative ».
Malgré cela, Jean Pierre Duvaux ne « veux pas noircir le tableau ». Il se dit simplement inquiet pour l’avenir des ses successeurs – « le burn-out va passer première maladie » – et espère que les choses évolueront. « Je commencerai par changer d’appellation : l’Education nationale devrait s’appeler instruction nationale ! »
Autant de raisons qui font que l’intéressé se dit « satisfait d’avoir dissuadé mon fils d’être enseignant ». Il compte désormais profiter de son temps libre pour réaliser des expositions, voyager, s’intéresser à la cryptomonnaie et n’exclut pas de refaire des concerts. Une nouvelle vie qui commence !
N. F.