Commentaires (0)
Vous devez être connecté à votre compte jhm pour pouvoir commenter cet article.

Des lycéens lorrains, « passeurs de la mémoire » d’un enfant juif bourbonnais

La famille Frydel, réfugiée à Bourbonne. Seuls deux fils ont survécu à l’extermination. (Photo DR).

Douze élèves du lycée Fabert de Metz ont mené une enquête rigoureuse sur la courte vie de Marcel Frydel, enfant juif lorrain dont la famille s’était réfugiée à Bourbonne. Le garçon est mort assassiné à Auschwitz à l’âge de 10 ans.

Il se prénommait Marcel. Son nom figure sur une plaque récemment dévoilée dans un lycée de Metz. Toutefois, à la différence de ses frères aînés, le jeune Lorrain n’a jamais été scolarisé à Fabert : Marcel Frydel n’avait que 10 ans lorsqu’il est mort assassiné le 13 février 1944 à Auschwitz, victime, comme 25 anciens élèves de l’établissement, de la Solution finale.

Depuis un an et demi, des élèves de terminale du lycée Fabert font œuvre de mémoire en travaillant sur les biographies de ces victimes. Déjà récompensé par un prix national 2023 de l’Ordre du Mérite, un prix départemental et un prix spécial du Concours national de la Résistance et de la Déportation, ce travail est poursuivi par les lycéens qui se sont intéressés notamment, cette année, à Marcel Frydel.

Tous volontaires

« Ce sont les élèves qui ont fait ce choix, parce que l’histoire de cet enfant de 10 ans les a émus », explique Cécile Boëlle, professeur d’histoire, initiatrice du travail. « Douze élèves de terminale, tous volontaires, conduisent ce travail de recherche, en dehors des cours, à raison d’une heure par semaine, ajoute l’enseignante. En faisant preuve de précision historique, de rigueur, ils permettent à ces jeunes assassinés par les nazis de ne pas rester dans l’oubli. »

Avec Cécile Boëlle, les lycéens messins se sont mis en quête des documents conservés par le Mémorial de la Shoah et les centres d’archives départementales. Celles de la Moselle où les Frydel, originaires de Pologne, se sont installés dans les années 30. Et celles de la Haute-Marne, car le couple et ses cinq enfants ont migré vers Bourbonne-les-Bains le 27 août 1939, quelques jours seulement avant la déclaration de guerre.

Dès juin 1941

Industriel, Israël, le père, n’a pu trouver du travail dans la cité thermale où les siens ont emménagé rue du Moulin. Sans ressources, il n’a cessé de réclamer un secours auprès des services de l’Etat. Le 14 juin 1941, il en appelait encore « au bon cœur » du Service des réfugiés. Il n’aura jamais connaissance de la réponse : Israël Frydel, parce qu’il était considéré comme Russe, a été arrêté à Bourbonne le 23 juin suivant. Interné d’abord à Compiègne, il a été transféré à Drancy, puisque juif. Déporté le 14 septembre 1942, il a été assassiné à Auschwitz.

Puis, ce furent, en 1942, un fils, Henri, et la mère, Esther, qui périrent dans le sinistre camp. Tandis que deux enfants ont pu échapper aux rafles, Françoise et le petit Marcel, né le 24 mars 1934 à Metz, ont dû rester seuls à Bourbonne. Jusqu’à leur arrestation le 27 janvier 1944, leur déportation, leur extermination.

Haine des juifs

Quarante juifs réfugiés à Bourbonne ont péri à Auschwitz entre 1942 et 1944. Un Bourbonnais de naissance, Jean-Pierre Nicolas, s’attache à perpétuer leur mémoire. C’est lui qui a mis les jeunes élèves de Metz en relation avec Annie Frydel, une nièce de Marcel. Et il a mis à leur disposition le fruit de ses recherches. Le résultat : un travail remarquable de 51 pages, qui devrait intéresser les Bourbonnais. D’autant plus en cette période où la haine des juifs s’exprime de nouveau, aujourd’hui, sur le sol de France, par des propos, des actes, des silences.

Lionel Fontaine

Un déplacement à Auschwitz

Déjà récompensé par plusieurs prix, le travail des élèves du lycée Fabert, « passeurs de mémoire » selon leur enseignante (ils ont déjà eu l’occasion de rencontrer Ginette Kolinka, Esther Senot et Léon Placek, survivants de la Shoah), a suscité l’intérêt du Grand rabbin de France. A leur invitation, ces jeunes Messins se rendront au Mémorial de la Shoah, le 29 novembre 2023, puis à Auschwitz, le lendemain. Leurs écrits sont appelés à figurer sur un blog Internet en cours de finalisation. Mais si, à l’occasion d’une cérémonie à Bourbonne en hommage aux juifs assassinés, une invitation leur était lancée, une délégation n’hésiterait pas à faire le déplacement pour présenter ce travail plus que jamais nécessaire aujourd’hui. 

Sur le même sujet...

Bourbonne-les-Bains
L’année 1944 en Haute-Marne : du 22 au 30 avril 1944
Histoire

Seize tués, dont un squadron leader (commandant d’escadrille), Anthony Murdoch, six rescapés dont deux ont été capturés. Tel est le tragique bilan des trois chutes de bombardiers anglais sur le(...)

Une conférence, ce dimanche
Cohons
Une conférence, ce dimanche
Histoire

Une conférence “Les mariages impromptus ou les aventures de Pierre Jacquinot” sera dispensée par Jean-François Edme, historien, guide conférencier, membre titulaire de la Shal, dimanche 28 avril, de 15 h(...)

Ouverture du musée-historial ce samedi
Saint-Dizier
Ouverture du musée-historial ce samedi
Histoire

Le Souvenir Français et l’amicale des Marins rendront hommage aux combattants des dernières guerres en ouvrant le musée-historial samedi 27 avril, de 14 h à 18 h, au pôle associatif(...)