Conférence de Christian Ferrier : l’énigme de Caluire
Voilà longtemps qu’on n’avait pas vu autant de monde dans l’amphithéâtre du Mémorial de Colombey. La conférence de Christian Ferrier, consacrée à Jean Moulin, s’est déroulée mercredi 8 novembre au soir, veille du 53e anniversaire de la disparition du général de Gaulle, devant près de 200 personnes.
La date a sans doute joué. Dans l’assistance, il y avait en effet beaucoup de représentants de la Fondation Charles-de-Gaulle et du Cercle d’études Charles-de-Gaulle de Belgique, dont Christian Ferrier est le président. Tous participent régulièrement aux commémorations du 9 novembre à Colombey. Beaucoup de membres de l’Amicale gaulliste de la Haute-Marne étaient présents également, ainsi que quelques professeurs d’histoire du département et nombre de maires des communes environnantes.
Mystère
C’est avant tout une biographie, illustrée de nombreuses photos de Jean Moulin, que le conférencier a proposé au public. Avant d’en venir au sujet central de sa thèse : le drame de Caluire du 21 juin 1943, qui marque l’arrestation tragique du chef de la Résistance. Pour Christian Ferrier, la responsabilité du résistant René Hardy dans cette affaire est évidente aujourd’hui. Car défendu par un ténor du barreau et blanchi « au bénéfice du doute » au tribunal, René Hardy a été accusé par tous ses compagnons de route, et par Klaus Barbie lui-même, d’être le traître qui a conduit au coup de filet. Cette “énigme de Caluire”, sorte de « Mystère de la chambre jaune » de l’histoire de la Résistance, a nourri de nombreux débats. Ce 21 juin 1943 se réunissent dans la proche banlieue lyonnaise quelques cadres militaires de la résistance de zone Sud. Ils répondent à la convocation urgente de Jean Moulin après l’arrestation à Paris par les Allemands du général Delestraint, responsable de l’Armée secrète. Sous la conduite de Klaus Barbie, les hommes de la Gestapo font irruption et arrêtent le chef du tout récent Conseil national de la Résistance et six de ses camarades.
La “diabolique de Caluire”
René Hardy, qui représente le mouvement Combat, bien qu’il n’ait pas été convoqué, est le seul à prendre la fuite, dans des conditions telles qu’il sera immédiatement accusé du désastre, mais acquitté, faute de preuves, lors de son procès, en janvier 1947. Il affronte un second procès en mai 1950, mais obtient à nouveau l’acquittement au bénéfice du doute. Christian Ferrier s’est inspiré d’un livre de Pierre Péan paru en 1999, pour sa conférence où il indique que René Hardy est effectivement au cœur de la trahison, mais pas comme acteur principal. Il a été le jouet de Lydie Bastien, sa maîtresse d’alors qui travaillait pour les Allemands. Elle est responsable non seulement de l’arrestation de Jean Moulin, mais aussi de celle du général Delestraint. Les deux patrons – politique et militaire – de la Résistance intérieure doivent donc tous deux leur chute, à quelques jours d’intervalle, à une beauté de 20 ans, jamais inquiétée, morte à Paris en 1994. Outre René Hardy, la « Diabolique de Caluire » était aussi l’amante de l’adjoint de Klaus Barbie.
La conférence s’est achevée par une vidéo de la cérémonie de transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon, le 19 décembre 1964, avec une partie du discours émouvant d’André Malraux, « Entre ici, Jean Moulin… ».
De notre correspondante Aurélie Chenot