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Bras de fer – L’édito de Patrice Chabanet

 

C’est un grand classique : quand un mouvement revendicatif voit ses effectifs se réduire, ce sont les plus déterminés qui poursuivent l’action. Les gilets jaunes en font l’expérience, leur première expérience. Pour le gouvernement s’ouvre alors une deuxième phase : après une approche bienveillante face à cette forme inédite de contestation, il durcit le ton, fait évacuer les points de blocage à proximité des dépôts de carburants et annonce qu’il n’est pas question de manifester samedi prochain place de la Concorde. Le nombre de victimes – deux morts et plus de 500 blessés depuis le début – , les dégâts provoqués dans des péages, les altercations entre manifestants et automobilistes lui ont fourni des arguments. Par la voix de son ministre de l’Intérieur, il a dénoncé une « dérive totale », une façon de prévenir l’opinion publique et d’intimider une partie du mouvement.

Il est clair, en effet, qu’au fil des jours, la faiblesse essentielle des gilets jaunes apparaît plus évidente. Faute de leadership, les revendications partent un peu dans tous les sens. En d’autres temps, on aurait parlé d’autogestion. Chaque manifestant, dans l’absolu, porte son cahier revendicatif. D’où cette répulsion, plus qu’honorable, à voir les syndicats et les partis politiques mettre leurs grosses pattes dans le mouvement. Sur ce point, et pour le moment, c’est réussi. Mais la médaille de l’autonomie d’idée et d’action a son revers. Il dilue le message d’origine, en faisant apparaître une foule de revendications plus ou moins floues selon les départements, les communes ou les points de blocage. Dans ces conditions, l’exécutif a beau jeu de dire, comme l’a fait Emmanuel Macron hier à Bruxelles, qu’il est prêt à « dialoguer », mais avec qui ? On ne discerne ni porte-parole, ni leader qui puisse fédérer un mécontentement palpable et ressenti bien au-delà des gilets jaunes. A force, l’opinion publique verra davantage les incidents, la lassitude de certains manifestants, et moins une véritable plate-forme revendicative en bonne et due forme.

Publié le 21 novembre 2018

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