Bleu pâle – L’édito de Patrice Chabanet
Pas vraiment rassurant, ce début de Coupe du monde pour le Onze tricolore. Quel contraste avec la brillante prestation des Espagnols et des Portugais! Nos Bleus sont apparus bien pâles dans une rencontre sans saveur. Non, ce n’était pas un match préparatoire, comme on aurait pu le croire d’un bout à l’autre de la partie. C’était le premier acte de ce qui devrait être une épopée, une répétition de 1998. Visiblement, Didier Deschamps n’a pas encore réussi à créer un esprit d’équipe. L’agrégation de talents individuels, venus souvent de clubs européens prestigieux, ne suffit pas pour vaincre. Il faut un liant, de la complicité et des automatismes. Il faut aussi, et surtout, un véritable leader sur le terrain. Hier, ils ont fait cruellement défaut. Sans parler des fautes grossières, comme celle commise par un Samuel Umtiti qui se prend pour le gardien de but, en touchant le ballon de la main. L’Australie a souvent été présentée comme une formation de deuxième division. On frémit donc à l’idée de ce qui aurait pu se passer face à des grosses cylindrées du football, telles que l’Allemagne, l’Espagne, le Brésil ou le Portugal.
La médiocre prestation de l’équipe de France est à l’image du pays : une énorme difficulté à jouer collectif. Les optimistes diront, non sans raison, que l’essentiel a été préservé avec une victoire, certes sans gloire, mais qui permet à la France de ne pas rater la première marche. Une maigre consolation. Dès le prochain match, contre le Pérou, les Bleus devront faire montre de davantage d’ambition et nous convaincre qu’ils ont intégré mentalement l’importance de l’enjeu. Il ne s’agit pas de sauver les meubles mais de hausser le niveau de jeu, et pas qu’un peu… La mission des joueurs va bien au-delà de l’aspect purement sportif. Les Français ont besoin de rêver et de se retrouver. Le foot permet de surmonter les fractures de la société. A entendre les supporters, pas question de tirer sur le pianiste dès la première partition. Un sursis. Deschamps a intérêt à sonner le tocsin pour ne pas décevoir tout un pays.