Canal privatisé pour les hirondelles
Une colonie d’hirondelles de rivage, en reproduction depuis le 15 avril à Saint-Dizier, a pris ses quartiers sur une petite partie du canal entre Bourgogne et Champagne. Pour préserver l’espèce protégée, la pêche y est interdite jusqu’au 15 août.
C’est un coin de pêche très prisé à Saint-Dizier. Malheureusement pour les premiers intéressés, il est interdit d’accès, jusqu’au 15 août, depuis samedi : la Ligue pour la protection des oiseaux de Champagne-Ardenne a en effet repéré, sur environ 200 m de rive du canal entre Bourgogne et Champagne, la présence d’une colonie d’hirondelles de rivage. Une espèce en pleine reproduction à Saint-Dizier depuis le 15 avril, protégée par la loi du 10 juillet 1976. Loi qui précise que « la perturbation intentionnelle des oiseaux, notamment pendant la période de reproduction, est strictement interdite ».
« Si on protège le milieu, on protège l’espèce »
Les hirondelles ont pris leurs quartiers un peu plus loin que l’écluse et jusqu’à hauteur de la rue Charles-Lucot, vers l’ouest du canal. Sur cette portion, Voies navigables de France, propriétaire de l’ouvrage, a installé il y a plusieurs années des palplanches percées ; les hirondelles en utilisent les petits trous pour faire leur nid. Entre 30 et 40 nids ont été recensés par la LPO, qui a donc alerté la Ville, VNF, l’Office français de la biodiversité (OFB) et l’association des Amis de la pêche, qui fréquente le site. « Les hirondelles font leurs nids à partir du 15 avril, on a déjà repéré deux nichées », précise Etienne Clément, président de la LPO Champagne-Ardenne. Qui a donc installé samedi 8 mai, en présence d’élus et de Vincent Montibert, directeur de l’OFB 52, plusieurs panneaux indiquant aux pêcheurs qu’en raison de la présence de cette espèce, leur installation est interdite jusqu’au 15 août. « Migratrice, l’hirondelle de rivage commence à gagner ses sites de reproduction en mars, niche surtout en avril-mai et sa reproduction s’étale jusqu’en août », précise Etienne Clément. « Si les hirondelles ne peuvent pas aller dans leur nid toute une journée, c’est une catastrophe », poursuit Etienne Clément. « Il y a pas mal de mortalité chez les oiseaux, dont les hirondelles, à cause de la destruction des milieux. Si on protège le milieu, on protège l’espèce », poursuit Vincent Montibert.
« C’est une espèce protégée, on se plie au règlement »
Si le pêcheur de passage, qui vadrouille à pied d’une rive à l’autre ne représente pas un danger, celui qui s’installe toute la journée et qui aura reculé sa voiture jusqu’au bord de l’eau en est un. Raison pour laquelle la LPO, en lien avec l’OFB et l’association des Amis de la pêche, veut faire de la « pédagogie » pour ne pas heurter des pêcheurs qui n’ont déjà pas pu trop pêcher ces derniers mois. « C’est un endroit très fréquenté par les pêcheurs, mais c’est une espèce protégée et on se plie au règlement, on comprend tout à fait », indique Yohann Demangeon, le président de l’association des Amis de la pêche. « Il faut que les gens soient informés, c’est important car certains peuvent penser que ce sont des hirondelles “standard”, les panneaux sont un bon outil pédagogique. »
La pédagogie d’abord, tous s’en accordaient samedi 8 mai. Et si cela ne suffisait pas, la collectivité pourra faire un arrêté. Mais dès le dimanche, le message semblait reçu, puisqu’aucun pêcheur n’était installé sur la zone concernée, alors que la météo s’y prêtait. Et même si « le coin » est prisé, facile d’accès en voiture « notamment pour les personnes à mobilité réduite », reprend Yohann Demangeon, les pêcheurs ont la possibilité de se déplacer en aval, vers l’ouest en remontant la rue Berthelot.
N. F.
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