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Silence, ils meurent

Physiquement et intellectuellement marqués par leur addiction, quatre héroïnomanes condamnés à maintes reprises ont retrouvé la barre du tribunal correctionnel. Magistrats et avocats ont fait état d’un certain fatalisme…

Démanteler les réseaux internationaux, multiplier les campagnes de prévention à l’égard des jeunes publics et développer les structures d’accueil et d’accompagnement des toxicomanes… Mais pour quoi faire ? Autant assurer sa côte de popularité en courant – après coup – les zones sensibles, flatter son électorat en soignant la voirie et parader sur le bord des routes aux côtés des forces de l’ordre. Nul élu n’a manifestement intérêt à se pencher sur un problème de santé public grandissant. Un fléau fauchant une jeunesse délaissée. Silence, ils meurent.

Les efforts – utiles – déployés en faveur de la sécurité routière n’auront curieusement jamais été consentis en matière de lutte contre la toxicomanie. L’addiction ne se règle pas à grands renforts de radars automatiques… Campés à l’application d’une législation obsolète, Manuel Valls et autres apôtres du populisme répressif ignorent non sans une certaine condescendance le criant échec de leur politique.

Cet échec a une énième fois transpiré d’un dossier impliquant des héroïnomanes promis à une mort prématurée. Tous ont connu mises à l’épreuve et autres incarcérations. L’arsenal répressif n’aura en rien altéré les comportements de malades à la responsabilité individuelle érodée par la puissance addictive des opioïdes. Insertion professionnelle et paternité n’auront également rien changé. «Je ne me drogue plus, mais je ne peux pas vous promettre de ne jamais y retoucher», concédera un des prévenus…

Un de ces héroïnomanes aura-t-il un jour eu accès à une structure de soins profitant de moyens humains et matériels adaptés ? Les plus chanceux auront eu recours au Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (Csapa). D’autres se seront vus accorder des prescriptions de Méthadone ou Subutex par un médecin généraliste. Avant de connaître rechutes et condamnations. A l’avenir, certains auront peut-être recours aux services des professionnels de l’antenne du Csapa ouverte à Langres après quatre ans de combat acharné. Une journée par semaine, contraintes budgétaires obligent…

Dix ans de prison

Arrêtés – sur dénonciation – en possession de quelques grammes d’une héroïne produite en Afghanistan et vendue à ciel ouvert à Nancy ou Maastricht, les quatre malades présentés devant le tribunal correctionnel auront entendu de la voix du procureur Clémençon la réponse apportée par le pouvoir législatif. En état de récidive, chacun encourt dix ans de prison… Dans une République aux prisons saturées et vétustes, la dite réponse peut susciter une réelle indignation. Les professionnels du corps médical sont les premiers à dénoncer le sort réservé aux toxicomanes.

Dans un élan d’endoctrinement, les plus endurcis brandiront la solution des obligations de soins, une mesure parfois efficace, mais une fois de plus minée par un manque de moyens. Condamné au respect de ces obligations en octobre 2012, un des prévenus se sera vu fixer un premier rendez-vous en septembre 2013… Il en est ainsi dans un département rural, un territoire où la moindre injonction thérapeutique ne peut être prononcée, faute de moyens nécessaires.

Otages et victimes d’un système défaillant, procureur, président et assesseurs auront adapté réquisitions et peines aux situations prévenus ancrés dans la toxicomanie. Maître Alfonso aura fait état d’un profond fatalisme. Parmi les condamnés, certains auront peut-être la chance de débuter une nouvelle vie. Les autres seront à nouveau appelés à se présenter à la barre d’un tribunal correctionnel avant de moisir entre quatre murs. Jeter en pâture les méchants toxicomanes est vain. Malades, parents et proches connaissent les noms de leurs élus. Il n’est jamais trop tard.

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