Maison médicale de garde : l’insécurité qui « excède » à Chaumont
Le Conseil de l’Ordre le dit tout net : ses médecins sont « excédés ». Son courrier recommandé signalant il y a environ un mois aux autorités l’insécurité de la maison médicale de garde, faits d’agressions à l’appui, n’a toujours pas de réponse. Si l’indifférence dure, ses docteurs n’iront plus.
Le Conseil de l’Ordre attend toujours une réponse au courrier qu’il a expédié en recommandé à la fois au préfet et au délégué territorial Haute-Marne de l’Agence régionale de santé, jeudi 21 septembre. Une lettre qui indique en substance que tous les membres de l’Ordre sont attachés à signaler « des faits extrêmement graves » survenus à la maison médicale de garde de Chaumont, située dans l’enceinte du centre hospitalier. Une copie de cette lettre a été adressée aux maires de Chaumont et de Langres, au procureur de la République, et au président de l’association des gardes de Haute-Marne. Et d’insister : « on n’a eu de réponse de personne… ».
Agressions à caractère sexuel
En effet, « une consoeur a été victime d’agressions à caractère sexuel », indique le président du Conseil de l’Ordre Gilles Dupont. Les faits se sont produits en juin 2022 et en septembre dernier (voir ci-dessous). La deuxième fois, la victime a porté plainte. De son côté, le président Dupont a fait un signalement au Conseil national de l’Ordre (CNO), au sein duquel il y a une cellule dédiée. « Le CNO est très sensible aux violences faites aux médecins, aux soignants en général et aux femmes ».
Le Conseil de l’Ordre tient toutefois à mentionner une exception à l’indifférence des autorités et des élus, perçue comme du mépris. « Le nouveau directeur départemental de la sécurité publique, qui était arrivé depuis deux jours à Chaumont, a été très bien, et il a téléphoné au médecin victime pour prendre de ses nouvelles ». Le Conseil a aussi appris mercredi 18 octobre qu’une liaison via talkie-walkie avait été installée entre le cabinet de consultation et le poste des vigiles de l’hôpital. Une intention louable (malgré l’absence de mode d’emploi), qui reste très insuffisante à ses yeux.
Le Conseil propose des solutions
« Les lieux, qui sont dans l’enceinte de l’établissement, ne sont pas du tout sécurisés, l’accès y est plutôt étroit de surcroît, et ils sont isolés », résument le président de l’Ordre le Dr Gilles Dupont et son trésorier le Dr Jean Thévenot. Sans compter qu’en quittant le cabinet, les médecins doivent aller reporter les clés : « deux cents mètres peu rassurants ».
Aujourd’hui, ajoute le Dr Thévenot, « des patients non triés (non passés par le 15) se présentent en outre au cabinet de garde ». Total dans les faits : des médecins préfèrent déjà assurer leur garde à leur propre cabinet. Dans sa LRAR, le Conseil de l’Ordre propose deux solutions : la présence de vigiles et un contact direct avec le commissariat, ou bien le changement de lieu du cabinet de garde dans un bureau proche ou au sein du service des urgences.
« Si l’on n’a pas de réponse écrite d’ici au 30 octobre, tous les médecins cesseront les gardes ». Et encore, précise le Dr Dupont, « j’ai dû tempérer mes collègues, d’aucuns voulaient stopper sur le champ ». Le Conseil rappelle que le ministre délégué aux Professions de santé Agnès Firmin Le Bodo a encore plaidé en faveur d’une tolérance zéro en matière d’agressions des soignants, fin septembre.
Pour rappel, « les gardes reposent sur le volontariat… même si, en cas de « trous » dans le planning que nous envoyons en préfecture, le préfet peut réquisitionner des médecins ». En Haute-Marne, « des médecins très éloignés de Chaumont participent au tour de garde »
Fabienne Ausserre
f.ausserre@jhm.fr
« Je prends sur moi »

« En me téléphonant, le directeur départemental de la sécurité publique m’a rassurée : c’était me considérer en tant que victime ». La femme médecin reste très choquée par les agressions à caractère sexuel dont elle a été victime. La dernière fois, son agresseur, qui accompagnait un patient, est en outre revenu dans la salle d’attente, avec une troisième personne. Elle a donc cette fois porté plainte. Et refait une garde depuis. « Je prends sur moi ».