Des professionnels en quête d’une main-d’œuvre béton
Dans le cadre de la Semaine du bâtiment, la Capeb a organisé, jeudi 12 octobre, une visite de chantier en compagnie d’une vingtaine de demandeurs d’emploi. L’idée était surtout de redorer le blason de la filière, même s’il ne s’agit pas de la seule problématique du secteur…
Au pied d’un immeuble des années 60 du Vert-Bois, quelques demandeurs d’emploi écoutent attentivement les mots d’Eric Boschung, vice-président de la Capeb 52 (pour Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment). Ce jeudi 12 octobre, aux alentours de 14 h, une visite de chantier avait lieu.
Ici, pas d’inspection des travaux finis, mais plutôt une opération séduction menée à l’occasion de la nouvelle édition de la Semaine du bâtiment. « Si vous êtes venus avec, j’aimerais récupérer des CV. Je ne voudrais pas repartir les mains vides », invite Eric Boschung, juste avant que chacun enfile casques et gilets fluorescents.
Cette année, j’ai cherché quelqu’un pendant six mois.
Car oui, là est tout l’intérêt de cette visite : montrer une autre image du secteur du bâtiment pour recruter afin de pallier les tensions niveau main d’œuvre. « Comme il y a moins de constructions neuves, il y a de grosses entreprises qui se séparent de leurs salariés, mais les besoins sont structurellement tellement prégnants dans l’artisanat du bâtiment depuis longtemps qu’il y a toujours une nécessité d’embauche aujourd’hui », explique Sabine Bourcelot, secrétaire générale de l’antenne locale du syndicat patronal représentant l’artisanat du bâtiment. « Globalement, toutes les branches sont touchées. »
Cette problématique a été ressentie par Julien Kreit, chef d’entreprise en maçonnerie à Saint-Dizier : « Cette année, j’ai cherché quelqu’un pendant six mois. Je l’ai trouvé, mais il ne va pas rester. Je n’ai également pas reçu de candidature d’apprentis. »
« On prend les chantiers en fonction de nos effectifs, mais on ne dirait pas non si on trouvait des gens », confie également Anthony Remanant, salarié conducteur de travaux et chargé d’affaires pour une entreprise spécialisée en plomberie, chauffage, ventilation et climatisation. Mais il ne s’agit pas là, du seul challenge que doivent relever les acteurs de la filière.
Une demande qui a évolué
Depuis quelque temps, l’activité de la construction ralentit. Et ce, à l’échelle du département. « Depuis juin 2022, si le nombre de logements neufs autorisés par année est stable, le nombre de projets engagés tombe à 200 », analyse Guillaume Reissier, directeur départemental adjoint de l’emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations, chiffres Insee à l’appui. « Pour la taille des projets, on est sur une baisse complète à la fois sur ce qui est autorisé et construit. »
« La main-d’œuvre de demain, il faut la trouver aujourd’hui. »
Pour ce qui est des entrepreneurs interrogés lors de la visite de chantier, le carnet de commandes ne s’est pas vraisemblablement pas vidé. À l’image d’Anthony Remenant. « Moi, je ne vois pas de baisse. Toutefois, chez les particuliers, on va faire davantage de dépannage ou de reprise partielle d’installations, mais on ne va plus nous appeler pour refaire des chauffages complets. » Une évolution de la demande, due à l’inflation et au durcissement des conditions d’obtention des crédits, qui a de quoi susciter des craintes chez Eric Boschung : « On est très inquiets pour l’année 2024. Maintenant, les banquiers demandent un apport personnel aux futurs primo-accédants. Si les clients n’ont pas d’argent pour mener à bien leur projet, il y a peu de chance qu’il aboutisse. C’est une grosse inquiétude. »
Mais alors pourquoi vouloir recruter ? Le vice-président prône l’anticipation : « On espère que les choses vont revenir à la normale. La main-d’œuvre de demain, il faut la trouver aujourd’hui. Quand ça va repartir, il sera trop tard. »