Circulation, le centre-ville au rythme des querelles de clocher
Une plainte a été déposée par un piéton, lundi 5 juin, suite à une altercation avec deux automobilistes entre la rue Gambetta et la rue du Docteur-Mougeot. Un fait révélateur d’une cohabitation parfois difficile entre les différents usagers du centre-ville.
À l’origine, ce devait être un défilé festif en cœur de cité bragarde. Finalement, la joie a laissé place, l’espace de quelques minutes, à l’énervement. Ce samedi 3 juin, peu avant 15 h, un mariage a lieu en centre-ville, tandis que Jean-Pierre* déambule dans la rue Émile-Giros pour se rendre à son véhicule garé au Jard. Alors qu’il souhaite traverser la rue Gambetta, il croise les voitures composant le cortège du mariage. Jusque ici, tout va bien.
Mais, la rencontre entre les deux usagers de la route dérape à cause de ce qui a semblé être un refus de priorité. « La berline noire, voyant que je m’engageais, s’est mise à accélérer », déclare Jean-Pierre qui, en réponse, lui fait un doigt d’honneur. « La conductrice a ensuite braqué son volant dans ma direction pour m’écraser, tout en continuant d’accélérer », affirme-t-il. « Ayant été frôlé, j’ai tapé sur le capot avant de poursuivre mon chemin. » Toutefois, les tensions ne s’arrêtent pas là. Quelques mètres plus loin, rue du Docteur-Mougeot, le cinquantenaire s’écharpe de nouveau avec une autre membre du cortège. « Elle m’a giflé », assure-t-il. Tandis que d’autres automobilistes – « plus calmes que la dame », selon une commerçante ayant vu la scène – s’approchent, un policier en civil conseille à Jean-Pierre de regagner un magasin de cigarette électronique et tente d’apaiser la situation avant l’arrivée des forces de l’ordre. L’homme portera plainte deux jours plus tard, lundi 5 juin, pour « tentative d’assassinat avec arme par destination ».
Des tensions – moindres que celle mentionnée plus haut – on en compte beaucoup en centre-ville. Coups de klaxons et autres gestes d’agacement ponctuent les journées des Bragards. « On ne fait plus attention, c’est tous les jours comme ça », déplore-t-on dans l’agence de pompes funèbres, rue Gambetta sur laquelle circulent entre 5 400 et 6 800 véhicules par jour.
Une mise au point sur la règlementation
Un peu plus loin, Samantha et Émilie, vendeuses en prêt-à-porter, regrettent les excès de vitesse fréquents. Malgré les contrôles, nombreux sont les automobilistes à avoir le pied lourd. « Les gens roulent vite, surtout à certaines heures. Si un enfant traverse, il est renversé », craint Émilie. Même constat rue du Docteur-Mougeot. « Aux abords d’Allianz, ils font des départs-arrêtés », constate Sandrine, employée chez un traiteur. « Il y a aussi les deux-roues qui font de la roue arrière. »
Face à tant de querelles, une mise au point s’impose. Comme le rappelle Rachel Blanc, l’adjointe aux grands projets urbains, document à l’appui, une quinzaine de rues du centre-ville sont considérées comme des zones 30. Parmi elles, la rue Gambetta jusqu’à la rue du Marché, la rue du Docteur-Mougeot, la rue de la Victoire ou encore la rue des Pressoirs. Bien qu’il n’y ait pas de passages réellement matérialisés sur certaines voies, la priorité est aux piétons, où qu’ils se trouvent.
« Nous voulons que la ville soit apaisée », insiste l’élue. « Pour cela, nous souhaitons ralentir la vitesse un maximum. C’est pourquoi nous avons mis un « cédez-le-passage » rue Gambetta pour la casser. Après, nous comptons sur cette capacité à être « bienveillant » et « respectueux de l’autre ». Une vitesse qui ne sera visiblement pas « cassée partout » comme en témoigne la prochaine installation d’un « cédez-le-passage » à la place d’un panneau stop, dans la rue du Maréchal De-Lattre-de-Tassigny, à hauteur du croisement avec la place du 11 novembre 1918.
Faire en sorte que « chacun s’y retrouve »
Paradoxal, vous diriez-vous. Pas tant que ça pour l’adjointe aux grands projets urbains : « Depuis qu’il n’y a plus le marché couvert provisoire, il n’y a plus autant de voitures qui passent. » Avant d’ajouter : « Il faut à la fois créer des pistes cyclables et des zones de rencontre pour que les vélos et les piétons se sentent en sécurité, mais il faut aussi tenir compte de la réalité des flux afin que chacun s’y retrouve. »
*Le prénom a été changé.
Dominique Lemoine avec notre stagiaire Noé Bozek