Face aux QR codes, l’enfer de la « génération catalogues »
Numérique. Il y a quelques semaines, Édith Rollery a commandé des graines pour oiseaux par téléphone pour la dernière fois. Pour la prochaine, il faudra passer par Internet… Mais la retraitée n’a ni ordinateur, ni tablette, ni smartphone.
« Je fais partie de l’école des catalogues. Je regarde les promotions, remplis les bulletins et les renvoie par la Poste… quand c’est encore possible. Ils veulent de moins en moins de papier, alors ils ne nous envoient plus rien. S’ils passent tout par Internet, je ne sais pas comment je vais faire. »
Retraitée, Édith Rollery se trouve désemparée face à la dématérialisation de la société. Il y a quelques semaines, elle a pris sa dernière douche froide en voulant acheter des graines pour oiseaux. « Comme d’habitude, j’ai commandé par téléphone, mais le vendeur m’a dit que pour la prochaine fois, je devrai passer par Internet. »
Fin des prospectus
Pour ce faire, la retraitée a donc demandé de l’aide à une de ses connaissances. Elle doit faire preuve d’une grande confiance, puisqu’elle lui confiera ses coordonnées bancaires. Elle devra également faire preuve d’organisation. Son amie recevra le colis chez elle, le récupérera et le lui ramènera. « Elle n’a pas de voiture. Quand je prends de la nourriture pour l’association « Les chats libres », les colis montent à 10 kg », souligne la retraitée.
Par ailleurs, son engagement pour les félins lui fait scruter les catalogues des supermarchés… Tant qu’il en reste encore. Dès septembre, Leclerc arrêtera la diffusion des prospectus papier. Pour continuer à recevoir les promotions, il faudra passer par une application mobile ou s’inscrire à une newsletter. A moins d’investir dans un support digital. Or, ce n’est pas possible pour Édith Rollery. Alors qu’elle scrute les rabais pour économiser, acheter du matériel coûtant plusieurs centaines d’euros incarne un paradoxe.
Le téléphone fonctionne encore
Autre cas l’ayant laissée dans le désarroi, un prospectus de Chaumont Habitat pour « C’ma carte », un programme de fidélité. Mis à part les logos des entreprises partenaires, aucune information pratique n’y est présentée. Pour les retrouver, il faut scanner un QR code qui renvoie sur le site du bailleur social. Il est alors indiqué de se présenter à l’accueil de Chaumont Habitat pour déposer le bulletin d’adhésion au dispositif.
« Si j’avais su, je me serais directement inscrite. J’ai pris le papier alors que j’étais à Chaumont Habitat », s’exclame Édith Rollery en découvrant la page Internet renvoyée par le QR code. Elle ajoute : « Que Chaumont Habitat mette une information dont les détails sont accessibles uniquement en ligne m’a particulièrement énervée. Ils savent qu’ils ont beaucoup de séniors parmi leurs locataires. »
Toujours du côté Chaumont Habitat, mais cette fois-ci dans le magazine du bailleur, une offre sur des assurances l’a interpellée. Pour la consulter, l’article renvoie vers site Internet. Aucun autre détail n’est donné. Pourtant, une communication numérique ne s’effectue pas forcément au détriment des canaux traditionnels. « Sur les prospectus de la Ville, il y a des QR code, mais aussi des numéros de téléphone. »
Julia Guinamard
Ecologie, papier et numérique
Sous couvert d’écologie, Leclerc a annoncé la fin des prospectus papier au profit des catalogues numériques et applications. A en croire l’étude « Pour une communication responsable » réalisée par La Poste, l’équation ne fonctionne pas.
En partant de l’analyse du cycle de vie, l’étude a comparé un catalogue promotionnel de grande distribution avec une application mobile. Sur les seize indicateurs définis, quinze sont en faveur de la version papier. Celle-ci a cinq fois moins d’effet sur l’acidification des océans et vingt fois moins d’effets sur l’eutrophisation de l’eau douce.
Souvent présenté comme une solution miracle, le numérique délocalise et masque la pollution dans des datacenters. Par ailleurs, les applications soulèvent des questions sur la vie privée, notamment sur la collecte et l’utilisation de données personnelles.