Voix après voix – L’édito de Patrice Chabanet
La journée d’action de samedi n’a pas eu la même intensité que celles qui l’ont précédée. Mais il serait prématuré – et sans doute erroné – de parler d’échec. Les ingrédients de la crise sont toujours là : un rejet majoritaire dans la population du projet de réforme des retraites et une représentation parlementaire singulièrement divisée, en tous les cas hésitante. L’Assemblée nationale n’a pas pu aller au bout de la discussion sur le texte. Le Sénat l’a approuvé. De quoi accouchera la commission mixte paritaire ? De la réponse dépendra le recours ou non au désormais fameux article 49.3.
Il est clair que le gouvernement veut éviter à tout prix cette arme institutionnelle. Elisabeth Borne, qui a reçu hier après-midi les ministres concernés par le projet de loi, en a fait sa priorité. Elle joue sans doute son poste dans l’affaire. Le passage en force vaudrait en effet la défaite d’Emmanuel Macron.
Cela dit, un vote positif, arraché voix par voix, à partir d’une alliance de circonstance entre la Macronie et une partie de LR ne ferait que déplacer le problème. C’est d’ailleurs bien là que le bât blesse. Les syndicats, forts de leur succès, n’entendront pas relâcher la pression. Pour le moment, la seule chance pour l’exécutif serait l’apparition de dérapages au sein du front syndical.
On en constate quelques-uns dans les rangs de la CGT. C’est notamment le cas du patron de l’union départementale des Bouches-du-Rhône qui refuse de choisir entre Ukrainiens et Russes, au nom de « la paix ». Un thème loin des retraites ? Il est clair que les syndicats dits réformistes comme la CFDT ne veulent pas laisser ce genre de discours polluer leur combat, y compris celui de la retraite.
Patrice Chabanet