Conférence-débat : la longue traque de la variole
Jeudi 3 novembre, dans ses locaux, Nohmad a organisé, avec Harmonie Mutuelle, une conférence sur la variole. C’est le Dr Bernard Grandjean, connu des Nogentais, qui a su captiver les présents, venus nombreux.
Le docteur a égrainé les faits historiques de l’évolution de la variole en commençant en 1774, année de la mort de Louis XV, décédé le 10 mai de la petite vérole ou variole. L’intervenant a décrit cette pathologie : maux de tête, fièvre, boutons… La variole ne se transmet de personne à personne que par voie respiratoire rapprochée (postillons, aérosols, etc.). La variole était un fléau redouté. Elle tuait un malade sur cinq (chez les adultes, près d’un malade sur trois). Quand elle ne tuait pas, elle laissait souvent un visage grêlé, marqué à vie.
Bernard Grandjean a expliqué que les virus “majeurs” semblent être originaires d’Asie ayant toutefois une origine africaine. Tous ces virus auraient divergé assez récemment à partir d’un ancêtre commun, dont les hôtes supposés auraient été des rongeurs. L’ancêtre commun pourrait être apparenté aux souches actuelles de virus de la variole bovine, nommée vaccine ou cowpox.
Vaccination obligatoire
L’existence de deux formes de variole était pressentie depuis l’époque d’Edward Jenner au XVIIIe siècle, mais ce n’est qu’à partir de 1929 que le terme de variole mineure s’impose. Le cowpox est relativement bénin, il touche les bovins, les rongeurs, le chat et l’homme.
Le virus de la vaccine, duquel le mot “vaccin” est tiré, n’est pas un virus naturel. C’est un virus dérivé du cowpox, qui évolue de façon autonome pour son propre compte depuis près de deux siècles. Le vaccin a été fabriqué, à l’origine, à partir de lésions cutanées de vaches inoculées par la vaccine. Edward Jenner a produit ce nouveau vaccin le 14 mai 1796 en inoculant à un enfant du pus prélevé sur la main d’une fermière infectée par la vaccine. Le Dr Grandjean a, dans sa conférence, catégorisé l’histoire de la lutte contre la variole en divisant plusieurs périodes : d’abord la phase de la variolisation, ensuite celle de la vaccination, et enfin celle de la campagne mondiale d’éradication.
C’est en février 1902, que la loi sur la protection de la santé publique rend la vaccination antivariolique obligatoire. La dernière épidémie de variole date de l’hiver 1954-1955 à Vannes et Brest. La vaccination n’est plus obligatoire en France depuis 1979 et les rappels ne sont plus obligatoires depuis 1984.
Laboratoires détenant des stocks de virus
L’intervenant a ensuite expliqué que, dès que l’éradication mondiale a été en ligne de mire, le nombre de laboratoires détenant des virus varioliques a été réduit. En 1980, il a été décidé que tous les stocks connus de ce virus seraient détruits ou transférés à l’un des deux laboratoires habilités par l’OMS, l’un à Atlanta aux Etats-Unis, l’autre à Moscou. L’usage possible de la variole en tant qu’arme biologique reste donc possible.
Le Dr Grandjean a terminé sa conférence sur la variole du singe, appartenant au même virus que celui de la variole humaine. Les premiers cas humains ont été décrits en 1970 en Congo. Ce nom de variole du singe est inapproprié car la maladie n’est pas spécifique au singe et le réservoir animal du virus se situe plus vraisemblablement chez les rongeurs. En juin 2022, seuls 183 cas de variole du singe étaient confirmés en France.
Après un jeu de questions-réponses fort intéressant, la conférence s’est achevée par le verre de l’amitié.