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Maires : « les rebouteux de la République »

Chez les maires de Haute-Marne, en 2020, il y a eu 40 % de renouvellement.

Collectivités. Les maires se sont réunis en congrès ce samedi à Nogent. Le vice-président de l’association des maires de France, Guy Geoffroy, a fait un point sur les sujets d’actualité et rappelé qu’aujourd’hui, encore plus qu’hier, les maires sont les « amortisseurs permanents des difficultés de nos concitoyens ».

Qu’est-ce qui inquiète les maires de Haute-Marne aujourd’hui ? Leur présidente, Anne-Marie Nédélec, a, en introduction du congrès qui se déroulait ce samedi à Nogent, bien résumé les attentes. « Les maires ne demandent pas la lune », a-t-elle avancé. Avec la crise énergétique mais aussi plus globalement une inflation galopante, les communes veulent un peu de protection, « au moment où les renégociations du prix de l’électricité voient le prix multiplié par 30 et par 15 pour le gaz », s’est offusqué le sénateur Sido.

De nombreux sujets évoqués lors de ce traditionnel congrès des maires qui avait lieu à Nogent.

Être un peu protégés donc, avoir le maintien des ressources financières et pouvoir administrer leur commune avec davantage de liberté. Voilà le triptyque des doléances. « Les maires n’acceptent pas d’être infantilisés », a appuyé la maire de Nogent. En Haute-Marne, le transfert des compétences eau et assainissement aux intercommunalités -d’ici 2026 pour tous les EPCI- fait toujours grincer, le principe du Zéro artificialisation nette (ZAN) compte manifestement pas ou peu d’adeptes, les subtilités de la fiscalité locales interrogent toujours…

Les invités ont tenté de répondre à certaines assertions ou interrogations de maires.

Guy Geoffroy est vice-président national des maires de France (AMF).

Qui retrouvions-nous à la tribune ? Charles Guené et Bruno Sido, les deux sénateurs, Laurence Robert-Dehault et Christophe Bentz, les deux nouveaux députés qui faisaient leurs premiers pas au congrès des maires, Nicolas Lacroix, président du Conseil départemental, Anne Cornet, la préfète ainsi que deux invités, Franck Leroy, vice-président du Grand Est et Guy Geoffroy, vice-président de l’Association des maires de France.

Pas de bas de laine

Avant la conclusion laissée à la préfète, le maire de Combs-la-Ville (Seine-et-Marne) s’est adressé aux maires. Et s’est indigné que l’Etat puisse dire que les collectivités sont assises sur les bas de laine. « Il y aurait du gras ? (…) C’est insupportable d’entendre ces propos. Les excédents de clôture, c’est ce qui nous permet d’investir (…) C’est de la bonne gestion, rien d’autre », a-t-il argumenté.

Franck Leroy a expliqué pourquoi il est indispensable de contenir l’artificialisation des sols.

 Il a rappelé le rôle jugé de nouveau essentiel des maires en temps de crise. « Nous sommes des amortisseurs permanents des difficultés de nos concitoyens », a souligné Guy Geoffroy avant de lancer cette formule : « nous sommes les rebouteux de notre République et de notre démocratie, encore plus indispensable que jamais. » Et l’ancien député de Seine-et-Marne d’inviter l’Etat à « nous faire confiance ».

Compte-rendu : Céline Clément

Impayés, friches, taxe d’aménagement…

Quelques maires ont pris la parole ce samedi. Il ne l’avait pas prise l’an dernier et s’est rattrapé cette année, Gilles Desnouveaux, maire de Reynel avait plusieurs messages à faire passer.

Non sans rappeler que les maires ruraux, s’ils ne représentent que 33 % de la population, gèrent « 88 % du territoire ». Et que c’est grâce à la ruralité que les urbains respirent un bon air et consomme une eau de qualité. Le maire de Reynel s’interroge : « certaines communes perçoivent des dotations en contrepartie des charges de centralité. Je voudrais qu’on m’explique ce qu’est une charge de centralité ? », a-t-il questionné, trouvant plus juste que ce soit les intercommunalités qui perçoivent « cette manne financière. » Et les impayés d’eau et d’ordures ménagères, on en parle ? « Soit, il faut nous permettre de saisir ces sommes sur le RSA, soit, il faut augmenter le RSA si on estime que ce n’est pas assez », propose Gilles Desnouveaux.

Céline Bernand, maire de Rolampont, a posé une question dur la DETR (dotation d’équipement des territoires ruraux).

Céline Bernand, maire de Rolampont, s’intéressait, elle, aux chiffres soulevant la question d’une nouvelle clé de répartition pour la DETR (dotation d’équipement des territoires ruraux).

Question ressources aussi plus au nord avec Laurent Gouverneur, maire de Montreuil-sur-Blaise, et vice-président de l’agglo de Saint-Dizier qui a évoqué la taxe d’aménagement dont une récente loi indique qu’elle doit être reversée à l’intercommunalité. Une loi « pour le moment mal ficelée », selon l’élu s’appuyant sur un exemple à Wassy.

Guy Geoffroy est vice-président national des maires de France (AMF).

Quant à Philippe Novac, maire de d’Humbécourt, il a évoqué la difficulté qu’il y a à monter un dossier pour la requalification des friches.

Toujours dans le domaine des questions liées à l’urbanisme, Marie-Claude Lavocat, maire de Châteauvillain, espère que le message des maires de Haute-Marne sur le dispositif ZAN (zéro artificialisation nette) est bien passé.

Maire de Chaumont-la-Ville, Françoise Trelat-Vallon a fait état d’un problème de téléphonie pour sa maman âgée de 95 ans qui pose plus globalement la question de l’accompagnement des aînés en milieu rural. Au même titre que pour l’électricité, l’élue trouverait normal que les maires aient « un référent pour le téléphone. » Dans le même registre, Thierry Gasparovic, maire d’Oudincourt, relève qu’en matière de téléphonie mobile, « il y a beaucoup trop de zones blanches en Haute-Marne. » C’est pas faux. Les « grands » élus ont dit qu’ils allaient de pencher de nouveau sur le sujet.

Vite lu

Eau : une loi, « ça se change »

Eau et assainissement. En Haute-Marne, le transfert obligatoire de la compétence aux intercommunalités ne passe pas. « On peut encore arrêter ce transfert », estime Nicolas Lacroix qui a signé une tribune allant dans ce sens et envoyée « à tous les Parlementaires. » Les maires ont encore la main sur le prix de l’eau et aimeraient bien la garder. « Il faut prendre ce sujet à bras le corps. La loi est mal faite, il faut revenir sur cette décision. »

Zéro artificialisation nette : pas loin d’un consensus

Franck Leroy, tout comme la Préfète, ont fait œuvre de pédagogie pour expliquer que la réduction de l’artificialisation des sols était une nécessité absolue, « on n’a pas le choix », a dit Anne Cornet, dans le cadre de la neutralité carbone devant permettre de lutter contre le réchauffement climatique. Sauf qu’en Haute-Marne, on a de l’espace et on ambitionne de mener à bien des projets qui puissent redonner de l’activité et attirer des habitants qu’il faudra aussi loger. La Haute-Marne ne veut pas être à la même enseigne que les grandes métropoles qui ont consommé et consomment encore beaucoup d’espace… Autant d’espaces naturels en moins. Mais une forme de consensus s’est dégagée ce samedi. Sur les intentions, personne n’est opposé à la lutte contre le réchauffement climatique. Et les défenseurs de cette Zéro artificialisation nette admettent que les modalités de mise en œuvre de ce dispositif ne sont pas satisfaisantes. Le Gouvernement a, semble-t-il entendu, les objections des élus locaux et est prêt « à reprendre les arrêtés », a annoncé Guy Geoffroy.

Fibre : haro sur les poteaux… et les charlots

Le déploiement de la fibre très haut débit par la Région Grand Est, via la société Losange, sera terminé à la fin de l’année. « Un exploit industriel », a relevé Franck Leroy, vice-président du Grand Est. Ainsi, Losange apporte la fibre dans les villages et les derniers mètres du raccordement sont laissés à la charge des opérateurs. Sauf que ces derniers, a expliqué Franck Leroy, ne sont pas en capacité de répondre à une demande qui « a été multipliée par 4 ». « Les opérateurs sous-traitent. Ces sous-traitants sous-traitent etc. Et parfois, à la fin, on a des charlots », a lancé Franck Leroy invitant les maires à le saisir en personne en cas de problèmes. Les difficultés excèdent les habitants. Un autre point ne passe pas dans certaines communes quand Losange explique qu’il lui faut poser des poteaux pour la fibre… alors que les maires ont bien souvent tout mis en œuvre pour enfouir leurs réseaux. « Normalement, la fibre est accrochée sur les poteaux Enedis », explique Franck Leroy. Sauf qu’Enedis annonce « 15 000 poteaux saturés. » Et c’est dans ce cas que de nouveaux poteaux fleurissent. Dans certaines communes, on dit non à la fibre plutôt que de voir sortir de terre de nouveaux poteaux. Et Nicolas Lacroix de glisser que « Losange renâcle » parfois à utiliser la fibre déjà acheminée par le Département dans le cadre du plan Haute-Marne numérique.

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