Premier bilan – L’édito de Patrice Chabanet
On ne peut que se féliciter du recul historique du nombre de morts sur les routes françaises. Pour le Premier ministre, le soulagement est évident. En imposant le 80 km/h hors autoroutes et voies rapides, il avait suscité une véritable bronca, notamment dans la France dite périphérique. Or, selon Edouard Philippe, cette mesure prise il y a six mois aurait déjà sauvé 116 vies. Cela dit, il est encore trop tôt pour tirer un bilan définitif. Les experts s’accordent à dire qu’il faut attendre un an pour consolider une tendance de fond. Le Premier ministre se veut optimiste en affirmant que si tous les radars avaient été en fonctionnement, la baisse des victimes aurait été plus forte. On verra, sachant qu’en matière de sécurité routière il y a toujours eu et il y aura toujours polémique pour interpréter les chiffres et pour hiérarchiser les mesures à prendre.
En admettant que les 80 km/h aient prouvé leur efficacité, se pose une question sur le plan politique : est-ce qu’une mesure impopulaire au départ peut devenir populaire si les résultats s’avèrent probants ? Disons que le pari n’est pas gagné, car cette affaire a plus dégénéré sur la forme que sur le fond. Sa mise en place a été interprétée comme un oukase parisien, sans consultation des élus de terrain. C’est d’ailleurs cette procédure technocratique qui a allumé, d’une certaine façon, la mèche de la contestation des Gilets jaunes. La France d’en bas s’est sentie dessaisie du volant de la sécurité routière sur ses propres terres. Emmanuel Macron a bien vu le danger d’un raidissement gouvernemental. Dans le cadre du grand débat national, il a suggéré que des aménagements puissent adoucir la rigueur des textes. Une manière de désavouer en partie son Premier ministre. Message reçu par ce dernier : les élus locaux pourront prévoir des assouplissements là où le retour aux 90 km/h ne posera pas de problème. En clair : qu’ils prennent leurs responsabilités. En termes plus familiers : il leur refile le bébé.