Coup de frein – L’édito de Patrice Chabanet
C’est aujourd’hui que devrait être annoncée la limitation de vitesse à 80 km/h sur ce que les spécialistes appellent le « réseau bidirectionnel sans séparateurs ». Polémique garantie. Le Premier ministre en est conscient. Il assume totalement l’impopularité au nom de la sécurité routière. Le nombre de tués sur les routes françaises a atteint un plancher – un peu moins de 4 000 victimes par an depuis 2012 – que le gouvernement voudrait crever pour épargner plusieurs centaines de vies. Tout le problème est de savoir si le passage de 90 à 80 km/h permettra d’atteindre cet objectif. Dès que l’on touche à l’automobile, le débat devient si passionnel qu’il est difficile de se faire une opinion. Il y a les inconditionnels du laisser-faire, ceux qui étaient déjà hostiles à la ceinture de sécurité, aux limitations de vitesse et aux contrôles radar. A l’opposé, il y a les partisans de limitations de plus en plus drastiques. Si on les suit, on finira par imposer les vitesses maximales à 70, puis 60 km/h et pourquoi pas à 50 ou 30 km/h… Entre ces deux formes d’intégrisme, on aurait pu trouver une voie moyenne : une modulation de la vitesse selon le profil de la route, par exemple. De surcroît, il est sans doute un peu rapide, c’est le cas de le dire, d’imputer les médiocres bilans routiers de ces dernières années à la seule vitesse. L’alcool et la drogue pèsent également lourd dans la balance.
Quoi qu’il en soit, et en dépit de ses bonnes intentions, le gouvernement prend un risque politique en sortant le bâton de la limitation de vitesse. Après la sensible augmentation des taxes sur les carburants, l’automobiliste n’est pas loin de penser qu’on s’acharne une nouvelle fois sur lui. Cet impact dans son quotidien lui fait oublier qu’en 1970 la France déplorait plus de 16 000 morts sur ses routes. Et qu’à force de mesures impopulaires, les gouvernements successifs, de gauche et de droite, ont sensiblement réduit ce carnage.