La double peine – L’édito de Patrice Chabanet
Le Royaume-Uni est en train de boire le calice jusqu’à la lie. Il perçoit déjà les premiers effets concrets du Brexit, avec des négociations interminables et des partenaires inflexibles. Et, depuis quelques jours, la découverte d’une variante du coronavirus fait craindre le pire avec une propagation extrêmement rapide. Les deux phénomènes se conjuguent pour alourdir le quotidien des Britanniques. D’un côté, en prévision du no-deal, ces derniers font des stocks, ce qui provoque des afflux invraisemblables de camions. De l’autre, la région de Londres et le Sud-Est de l’Angleterre sont placés illico presto sous le régime du confinement. Adieu les festivités de Noël. Pour couronner le tout, nombreux sont les pays qui ont suspendu leurs liaisons avec le Royaume-Uni qui se voit ainsi mis en quarantaine. Le principe de précaution explique sans doute cette attitude collective. On peut y voir aussi un message subliminal envoyé au gouvernement de Boris Johnson arc-bouté sur une position très dure dans ses négociations avec l’Union européenne.
D’une certaine manière, Le Royaume-Uni a maintenant un avant-goût de ce qui l’attend dans les semaines et les mois à venir. Les Européens, contrairement à ce que l’on pouvait craindre, font bloc. Le litige sur la pêche est significatif. Les Britanniques veulent retrouver leur souveraineté économique sur leurs eaux territoriales et – en même temps – bénéficier de l’accès au grand marché européen, sans aucune limite. On n’est plus dans le donnant-donnant mais dans une négociation à sens unique où le demandeur impose ses conditions. Ce n’est donc pas partie gagnée pour Boris Johnson. Les sondages montrent d’ailleurs qu’aujourd’hui les Britanniques voteraient majoritairement pour le maintien dans l’Union européenne. Et en Ecosse, le Premier ministre plaide à nouveau pour l’indépendance de son pays. L’addition du Brexit risque d’être très salée.